venerdì 9 ottobre 2026

Impression particulière di Cortemira


Enfants, nous accompagnions grand-mère au cimetière. Elle partait fleurir la tombe de nomma Iolanda, notre arrière-grand-mère

Une fois par semaine, nous empruntions la montée goudronnée qui menait au camposanto, tout au bout de la voie bordée de villas et de jardins luxuriants, dans le silence assoupi des après-midis d’été

Pendant qu’elle changeait l’eau des fleurs, nous nous promenions dans les allées, nous regardions les photos sur les stèles

Nous imaginions les vies de ceux qui les occupaient, lisions les épitaphes

Riposa in pace. I tuoi cari. Sarai sempre nel nostro cuore. Ricordatemi

Nous étions intriguées par le mystère des dates

Y avait-il un lien secret entre la date de naissance et la date de décès ?

Nous calculions

03 08 1907 - 03 01 1977 : soixante-dix ans

16 09 1922 - 17 09 1923 : un an, à peine

25 02 1956 - 29 02 1956 : quatre jours, bissextile

19 01 1963 - 19 01 1963 : mort-né

26 12 1978 - 28 12 1978 : joie, puis drame de Noel

20 05 1880 - 19 11 1954 : vieux

Allons-nous gagner si nous jouions ces numéros prémonitoires, qui nous étaient offerts en cadeau ?

Tiens, ceux-ci, 02 06 1948

Si nous décomposons l’année de naissance, ça fera une belle quaterna…

Grand-mère nous faisait de guide.

Ses histoires de cimetière ont bercé notre enfance, elles nous ont tourmentées, émerveillées, émues

Voilà la tombe de la famille Ambretti, je me rappelle Tino, le père, il était boulanger

Et là, il y a la tombe de Patrizia, la soeur de mon amie Silvana. Elle était si belle Patrizia. Elle est morte à 16 ans, quelques mois après son père, elle avait attrapé la typhoïde

Ici, il y a la maman de Massimo, vous vous rappelez Massimo, le fils de notre voisin Salvatore, elle est morte jeune, le coeur…

Le caveau, là-bas, c’est celui de la famille de mon amie Maria, elle a perdu son mari Francesco quelques années seulement après leur mariage, il était parti travailler en Afrique, il a attrapé la fièvre jeune. Au début, Maria venait ici chaque jour, elle s’asseyait à côté de la photo de son époux, elle lui parlait, un mouchoir humide serré dans son poing crispé

Puis, nous allions dire une prière sur les tombes du reste de notre famille. Notre arrière-grand-père Eugenio, que nous n’avions pas connu, Guerrino, Francesco et puis Mario, les frères de grand-mère

À la sortie, nous faisions une petite pause, sur un banc, à l’ombre d’un cyprès

Avant de partir, nous tournions la tête

Au milieu de l’arche, tout au fond de l’allée principale, le couchant rouge commençait sa descente

Nous faisions un signe de croix

Déjà six heures, dépêchons-nous, il faut rentrer préparer le diner

***

Automne, 1er novembre

Les fourrures sont de sortie

Boucles serrées, rouge-à-lèvres cramoisis, parfums de fleurs fanées, rires étranglés

Mains jointes, prières silencieuses, cortège de soutanes

Ce jour-là, nous montions au cimetière par la voie principale

Celle qu’il fallait emprunter lors des grandes occasions

Dans l’air piquant de l’après-midi, sous le soleil mort de novembre, la musique des cuivres rythmait nos pas, le bon parfum des châtaignes grillées chatouillait nos narines

Patience !

Encore un regard, encore une pensée avant la récompense ultime.

***

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